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Interview du mois - Michel François

Tous les mois, la filière SENSGENE vous invite à rencontrer une personne active en son sein à travers une courte interview. Ce mois-ci, c'est le Michel François, administrateur de l'association ALPC, qui a accepté de répondre à nos questions.

 

 « Quand un parent code à son enfant dans un milieu public quand l'enfant est tout petit, il lui renvoie une image positive de sa surdité, ça va permettre à cet enfant de se construire de manière positive par rapport à cette surdité. »

 


Je m'appelle Michel François, je suis le père de deux jeunes adultes sourds et je suis administrateur de l'association ALPC, l'association nationale pour la promotion et le développement de la langue française parlée complétée. Justement, quelle est la spécialité de votre association ? Il s'agit de développer l'acquisition de la langue française par les personnes sourdes en utilisant une technique qui a été inventée aux Etats-Unis qui s'appelle en anglais le cued speech et en français, la langue française parlée complétée.

Donc il s'agit d'un code manuel qui est complémentaire à la parole et à la lecture labiale et donc permet à la personne sourde de recevoir l'intégralité de la parole sur le mode audio visuel. Les objectifs de l'association sont donc de favoriser autant que possible et au maximum l'insertion de la personne sourde à tous les niveaux de sa vie sociale : familiale, scolaire, universitaire, professionnelle et aussi au niveau de la vie citoyenne.

L'association regroupe à peu près 400 familles d'enfants sourds des personnes sourdes adultes et aussi une cinquantaine de services de soin.

 

Concrètement, comment vous accompagnez les parents d'enfants sourds après l'annonce du diagnostic, quels sont les défis que votre association doit relever ?

Alors l'accompagnement des parents d'enfants sourds commence par, après le diagnostic justement, les faire faire sortir de l' isolement, le sentiment d'isolement qui arrive très souvent après l'annnonce du diagnostic, il s'agit de leur faire rencontrer d'autres familles, d'autres parents d'enfants sourds et de proposer des formations donc on a plusieurs types de formations mais je vais plutôt expliquer ce que nous faisons en stage d'été qui est un moment très très fort de la vie de l'association.

Le stage d'été c'est une semaine d'immersion totale avec 300 participants dont la moitié sont des enfants et adolescents sourds et leur fratrie. Aux parents, il est proposé des formations techniques sur le code LPC en lui-même, mais aussi des formations sur les stratégies d'utilisation de la langue pour que les parents soient de véritables nourrices linguistique de leurs enfants et qu'ils leur procurent une langue riche et variée qui est indispensable. Il y a aussi des groupes de parole pris en charge par des psychologues professionnels, des groupes de parole avec des thématiques et avec des populations cibles, ça peut être les mamans, les papas ou parler de la fratrie ou un certain nombre de choses, de domaines et de sujets qui sont spécifiques à chaque fois, des conférences sur la surdité par des professionnels, que ce soient des professionnels, des cliniciens ou des  centres médico-sociaux sur les prises en charge, enfin un certain nombre de choses très différentes et aussi des ateliers de réflexion.

En parallèle à ce qui est proposé aux parents évidemment il y a l'accueil des enfants et ça c'est fondamental. Il y a en général 150 enfants et adolescents sourds et entendants puisqu'il y a aussi les fratries et donc ces enfants sont pris en charge dans des groupes depuis le plus jeune âge. Les groupes sont encadrés par des jeunes adolescents, des adolescents sourds qui sont codeurs en même temps, qui sont donc ce qu'on appelle les animateurs- codeurs c'est-à-dire qu'ils utilisent aussi le code pour communiquer avec les plus jeunes et donc on a ça à toutes les générations, toutes les générations. Les adolescents, eux, font partie d'un camp adolescents avec une vingtaine d'adolescents qui eux
sont pris en charge par des adultes sourds. Autrement dit, ce qui est très intéressant et enfin très important pour nous, c'est que le relais se fait d'une
génération à l'autre.

Sinon ce que nous proposons aussi, c'est du soutien à l'inclusion scolaire notamment avec le pôle codeurs. J'ai très peu parlé des codeurs LPC, c'est une profession à part entière qui est très très importante pour tout ce qui est inclusion puisque cela crée l'accessibilité en milieu entendant, bruyant notamment, donc le milieu scolaire, et donc le pôle codeurs c'est une ressource pour aider les parents dans toutes les démarches administratives et techniques qui demandent des compétences particulières.


Pour les défis, j'en ai relevé 4. 4 défis: développer la maîtrise des langues étrangères, puisque maintenant les personnes sourdes sont scolarisées et la réussite scolaire est de plus en plus flagrante donc ils sont dans le second degré et ils apprennent les langues étrangères, l'évolution des stratégies de l'utilisation de la langue française parlée complétée en fonction des évolutions de prise en charge, l'importance du métier de codeurs dont j'ai déjà glissé deux mots et puis lutter contre l'invisibilité des personnes sourdes, surtout les personnes sourdes qui parlent français et qui peuvent être assimilées à des personnes entendantes ce qu'elles ne sont pas, puisque la surdité fait partie de leur construction identitaire.


Dernière chose que j'aimerais dire par rapport à la tangibilité de la surdité chez les personnes pour lesquelles on code : quand un parent code à son enfant dans un milieu public quand l'enfant est tout petit, il lui renvoie une image positive de sa surdité, ça va permettre à cet enfant de se construire de manière positive par rapport à cette surdité. J'aimerais conclure sur cet aspect de la surdité qui doit être une différence et je vais reprendre une citation de Bernard Mottez qu'il était un sociologue très célèbre pour la cause sourde dans les années 70, c'est lui qui a participé au réveil sourd. Sa réflexion était fondée sur les sourds qui utilisent la langue des signes et il disait en parlant de cette minorité : "un groupe social de personnes qui se reconnaissent et qui ont une manière de se comprendre sans qu'il y ait besoin d'explications". Je pense que cela s'applique aussi aux sourds LPCistes.


Pour vous, en quoi la filière peut vous être utile ?

D'abord les quatre objectifs principaux de la filière me semblent répondre à cette question, ça me paraît important. L'autre aspect, en revanche, l'utilité me paraît être une utilité réciproque dans la mesure où il y a un réseau, réseau de soins d'un côté, et nous sommes au niveau associatif aussi un réseau parce que nous avons des correspondances régionales mais aussi parce que nous avons des liens avec des associations internationales : l'ALPC Belgique, l'association ALPC Belgique, l'association ALPC Suisse, la Cued Speech association en Angleterre, en Grande-Bretagne et la NSCA, c'est-à-dire National Cued Speech Association aux Etats-Unis. Donc il y a cet aspect-là et ce qui me paraît intéressant aussi c'est la complémentarité puisque la filière SENSGENEva être davantage sur tout ce qui est génétique et ce qui est diagnostic et médical, alors que nous sommes davantage sur une dimension sociétale, linguistique et cognitive,donc ce sont des aspects complémentaires donc nous pouvons nous ne pouvons qu'apprendre les uns des autres et utiliser nos réseaux respectifs pour soutenir les actions des uns et des autres. Parexemple nous pouvons aussi soutenir les projets des services auprès des autorités de tutelle parce que tout ça nous intéressait, nous pouvons transmettre des informations quand il y a des enquêtes à mener auprès de nos adhérents, donc auprès de nos adhérents sourds s'il y a des choses à mener qui peuvent servir la filière SENSGENE.


 

 

Voir l'interview sur YouTube

 

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